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ATTIRER LES IDE, COMPOSANTES DYNAMIQUES DE L’ECONOMIE MONDIALE

24 mai 2014

La création d’un département Zones économiques spéciales par le Chef de l’Etat répond à une vision économique pour assurer au Congo un modèle industriel dans les trente prochaines années. Vision que détaille Alain Akouala Atipault, ministre en charge de ces questions.

Marchés Africains : Pour passer au stade du démarrage effectif des Zones économiques spéciales, il faut avoir bouclé l’étape des études. Où en êtes-vous avec ces études ? Alain Akouala Atipault : Les quatre zones économiques spéciales du Congo – Ouesso et Ollombo au nord, Brazzaville (capitale politique) et Pointe-Noire (capitale économique) – ont été définies comme étant les villes d’où partira l’impulsion d’un développement économique censé irradier tout le pays. Les discussions que nous avons eues avec la Singapour corporation ont été matérialisées par un protocole d’accord, et cette structure a mis à notre disposition deux cabinets d’études. Le premier, Surbana, s’occupe des études de faisabilité de la zone Oyo-Ollombo et le second, Jurong, de la zone Pointe-Noire. Avec Brazzaville et Ouesso, l’ambition est de diversifier l’expertise internationale. Ainsi, un appel d’offres a été lancé par la Direction générale des grands travaux (DGGT), où les termes de référence ont été réalisés et appuyés avec l’expertise de la Banque Mondiale. Il a suscité l’intérêt d’un consortium dans lequel on retrouve un cabinet américain, Bain & Co, que côtoient des sociétés françaises telles qu’Egis, Gide Loyrette Nouel et Quantic. Des enseignes qui représentent à la fois une expertise américaine, moyen-orientale et européenne (avec des Français). Ces expertises labellisées par de grands cabinets doivent nous assurer, au moment de la rencontre avec des investisseurs internationaux, de ne souffrir d'aucune contestation, car ce sont les meilleures études possibles.

Quand ont commencé ces expertises ? Depuis une année, et je puis affirmer que nous venons de boucler l’étude de faisabilité d’Oyo-Ollombo. Depuis le 20 mars 2013, les résultats définitifs sont disponibles. Dans la foulée, l’étude sur Brazzaville va aussi arriver à son terme dans environ un mois. Celle de Ouesso est également en passe d’être achevée. Reste celle de Pointe-Noire, dont les résultats seront disponibles dans six à sept mois : nous avons commencé légèrement en retard car il y avait eu préalable un travail sur l’identification des propriétaires fonciers. Au Congo, nous avons une loi qui reconnait la propriété foncière, et si, pour cause d’utilité publique, il nous faut procéder à des expropriations, l’Etat, qui a certes des droits mais aussi des obligations, respecte toutes les procédures, afin de permettre aux propriétaires fonciers, d’être reconnus sans difficulté dans leurs droits. Par conséquent, on peut affirmer que sur les quatre zones, les études de faisabilité son quasiment prêtes.

Quelle est l’ambition socio-économique de ces projets de zones économiques spéciales ? Parallèlement à ces études économétriques et à toutes les modélisations possibles opérées, l’ambition du président est de créer de nouvelles villes. Ces dernières doivent s’appuyer sur les activités industrielles, commerciales, de services, financières, immobilières, etc. En effet, dans les pays africains, on observe que nos villes ont été créées, certes, à partir d’un certains nombres d’activités, mais essentiellement à caractère administratif. Ce projet et cette vision des zones économiques spéciales permettent au Président Sassou-N’Guesso de dessiner le Congo du XXIè siècle, celui des générations de demain, un pays à bâtir, avec de nouvelles villes qui naîtront. Ainsi, pour pouvoir être en compétition avec ce qui se fait de mieux au monde et, inspirés des modèles mauricien, singapourien et chinois, nous avons mis sur pied un cadre législatif et réglementaire.

Avez-vous dans vos projections le potentiel du volume d’emplois susceptibles d’être créés grâce à ces zones économiques spéciales ? On va assister à des créations de bassins d’emplois, ainsi qu’au renforcement d’une classe moyenne qui pourra être un acteur dynamique et lucide de notre pays. En Afrique cette classe moyenne existe plus ou moins et pourra, au Congo, contribuer à donner de la clarté au débat politique. La démocratie est un leurre s’il n’y a pas de progrès économiques. Les zones d’Oyo et Ollombo seront dédiées de tout ce qui est économies verte et agro-industrie, horticulture et pisciculture, pour un marché sous régional de 250 millions d’habitants. C’est l’un des atouts de ces études de montrer le type d’activités industrielles selon les villes, ainsi que le nombre et le type d’emplois, notamment pour savoir quelle formation il faudra distiller en amont. Elles montrent aussi l’évolution démographique de ces villes qui naîtront entre Oyo et Ollombo et qui sont supposées avoir un impact positif sur tous les départements de la Cuvette et des Plateaux. En terme de population, d’ici quinze à vingt ans, on va passer de moins de 50 000 habitants dans la zone à environ 700 à 800 000 habitants. Dans ce chiffre, on devrait compter 20 000 à 25 000 travailleurs actifs dans des secteurs très pointus. À Brazzaville, selon nos indications, nous pouvons atteindre environ 35 000 emplois. Ce qu’il faut signaler, c’est la volonté très ferme du Président de la République d’attirer les investissements directs étrangers (IDE) avec cette stratégie économique, puisque c’est aujourd’hui l’une des composantes les plus dynamiques de l’économie mondiale. L’ambition de notre Président est d’arriver à faire émerger le Congo dans les trente prochaines années de véritables capitaines d’industrie, de ne plus avoir des compatriotes qui, pour la plupart, se disent hommes d’affaires, mais en réalité dépendent du trésor public. Le secteur privé national ne peut pas indéfiniment être sous perfusion de l’Etat ; il faut engager, pour atteindre cet objectif, une véritable révolution culturelle.

Le mandat du Président est à mi-parcours. Celui de la plupart des ministres aussi. Après avoir jeté les bases de la création des zones économiques spéciales grâce aux études et à la promulgation d’une loi, quelles sont vos priorités pour les trois prochaines années ? L’enjeu pour les trois années à venir consiste à faire démarrer une des zones économiques spéciales. Notre ambition est que toutes les conditions soient réunies pour que, d’ici la fin de l’année ou au début de l’année prochaine, la première zone économique spéciale voie le jour.

Ce sera Oyo-Ollombo ? On verra, dans la structuration de l’économie de notre pays, si c’est Brazzaville, Ouesso ou Oyo-Ollombo. La décision sera prise par le Chef de l’Etat. De notre côté, nous éprouvons un sentiment de soulagement, puisque nous avons tous les éléments pour le pilotage industriel de notre pays. Et pour la première fois, nous avons un travail scientifiquement pensé et réfléchi sur la façon de structurer l’avenir économique de notre pays. Cela devrait devenir une sorte de vision qui ne sera pas seulement celle du Président de République ou du gouvernement à travers les zones économiques spéciales, mais c'est la priorité de tous les Congolais, que l’on soit dans l’opposition ou dans la majorité présidentielle. Pour bâtir et mettre en chantier cette vision, trente années, c’est le minimum.

Pourquoi le Chef de l’Etat a-t-il confié la mise en œuvre de cette vision économique, avec la création de ce nouveau ministère, à l’un de ses ministres faisant partie de ce que l’on qualifie de « jeune génération » ? D’abord le Chef de l’Etat est le maître d’œuvre de ce projet. Mon souhait est que je puisse le poursuivre le plus longtemps possible. En dehors de lui, je ne vois pas d’autres personnes à même de porter un tel projet. Maintenant, ce modeste porteur de projet que je suis, je mets à sa disposition toute une ressource humaine. Et en ce qui me concerne, le Président sait que j’ai un passé de cadre dans une usine de textile en France. En rentrant au Congo, j’ai créé une société spécialisée en conseil marketing qui a eu un contrat avec la Banque Mondiale en charge de l’élaboration du processus de privatisation des entreprises publiques. Il sait aussi que j’ai œuvré à Abidjan, au sein d’un comité de privatisation, à élaborer une cible de stratégie pour la privatisation des mines d’or d’Ity (Ouest du pays) à travers la Bourse Régionale des Valeurs Mobilières (BRVM). Je me suis également impliqué dans la privatisation de l’entreprise qui s’occupait de l’entretien des chemins de fer ivoiriens, j’ai même été employé par les chemins de fer français. Globalement, je viens du secteur privé et maîtrise parfaitement les clés de lecture et les codes de compréhension des défis économiques mondiaux actuels et notamment, au Congo, du potentiel de ces zones économiques spéciales en devenir.

Journal Marchés Africains - hors série numéro 31